Vins & vinif.
Macération longue : pourquoi nos rouges ont autant de complexité
Trois semaines de macération, quand la plupart des Beaujolais n'en demandent que quelques jours. Alexandre, vigneron du domaine, nous explique ce pari de patience et de précision.
Encuvage
J1
Pigeages & remontages
J10
Écoulement
J21
Dans la cuve, le chapeau de marc affleure à peine sous la surface. Alexandre plonge les bras pour l'enfoncer, lentement, méthodiquement. Ce geste, il le répète chaque jour, matin et soir, depuis presque trois semaines. Trois semaines : c'est long, pour un Beaujolais. La plupart des rouges de la région sortent de macération en quelques jours à peine. Ici, on prend le temps. Alexandre nous explique pourquoi ce choix, plus exigeant, donne à nos rouges une structure et une complexité qu'on ne trouve pas ailleurs.
Étape 1 — la maturité, un travail de précision
« Avant même de penser à la macération, tout se joue à la vigne, non ? »
Complètement. On ne vise pas seulement la maturité en sucre, celle qu'on mesure au réfractomètre. On regarde aussi la maturité polyphénolique : celle des tanins et des arômes contenus dans la peau et les pépins. Concrètement, ça veut dire qu'on goûte les baies, tous les jours, pendant deux à trois semaines avant la récolte. On croque le grain, on mâche la peau, on regarde si le pépin est encore vert et amer ou s'il a viré au brun et croquant sous la dent. Un contrôle analytique classique sucre/acidité nous donne une base, mais c'est vraiment la dégustation qui nous dit quand les tanins seront prêts à donner de la structure sans donner de la dureté.
Étape 2 — une macération qui dure trois semaines
« Pourquoi choisir une macération aussi longue, quand la tradition beaujolaise va plutôt vers la rapidité ? »
Parce qu'on ne cherche pas le même vin. La macération semi-carbonique courte, très répandue ici, donne des rouges fruités, faciles, qu'on boit jeunes — et c'est très bien comme ça, on en fait aussi. Mais sur certaines cuvées, on veut un vin qui a de la matière, qui peut vieillir. Pour ça, il faut du temps : le temps que les tanins et les composés aromatiques les plus intéressants migrent lentement de la peau vers le jus, sans brutalité. Trois semaines, c'est le temps qu'il faut pour extraire cette complexité sans tomber dans la dureté ou l'astringence.

@patrickberjotphotographies
Étape 3 — pigeage et remontage : une extraction douce et manuelle
« Concrètement, que se passe-t-il dans la cuve pendant ces trois semaines ? »
On alterne deux gestes, à la main, tous les jours. Le pigeage : on enfonce le chapeau de marc — la couche de peaux et de pépins qui remonte à la surface — pour le remettre en contact avec le jus. Et le remontage : on prélève du jus en bas de cuve qu'on fait recirculer par-dessus le chapeau. Les deux font le même travail, en douceur : favoriser l'extraction sans jamais brusquer le raisin. On pourrait aller plus vite avec des méthodes mécaniques plus intensives, mais on perdrait en finesse. Le geste manuel permet de doser l'extraction au jour le jour, cuve par cuve, en fonction de ce qu'on goûte.
Étape 4 — le résultat : structure et complexité
« Et au final, qu'est-ce que ça change dans le verre ? »
Une robe plus profonde, des tanins plus présents mais soyeux, pas raides, et surtout une palette aromatique plus large : aux fruits rouges habituels du Gamay s'ajoutent des notes plus épicées, parfois torréfiées, une matière qui tient en bouche. Ce sont des vins qui ont besoin d'un peu de temps en bouteille pour s'ouvrir, mais qui le rendent bien. C'est notre façon de montrer qu'un Beaujolais peut aussi être un vin de garde, structuré, sans jamais renier sa fraîcheur.